Les Pyrénées en ligne de mire

Le Freelander 2 de Rachel, ma compagne, était là depuis un moment déjà. Un véhicule prêt, capable, mais encore contenu dans un quotidien trop sage. Je le voyais bien : il ne manquait pas de potentiel, simplement d’une occasion. Et souvent, il en va de même pour celles et ceux qui les conduisent.

L’idée a émergé sans plan précis. Une discussion comme on en a tant, une soirée où l’on refait le monde, et puis cette évidence : partir. Sortir du cadre. Aller voir ce qu’il y a au bout des pistes. Pas pour cocher une case ou prouver quoi que ce soit, mais pour apprendre. Apprendre le terrain, le véhicule… et surtout se découvrir autrement.

Quand j’ai proposé le projet à Rachel, j’ai senti l’enthousiasme immédiat, mêlé à cette retenue que je connais bien. Celle des premières fois. Les doutes sont arrivés naturellement : la fiabilité du véhicule, la capacité à s’orienter, à lire le sol, à anticiper. Rien d’anormal. Tout le monde passe par là. Le off-road ne commence pas avec les pneus dans la terre, mais avec les questions qu’on se pose avant d’y aller.

Mon rôle, dans cette aventure, n’était pas de montrer comment faire, encore moins de diriger. Juste d’être là. D’apporter ma maigre expérience, un regard, un peu de méthode. De laisser la place à l’erreur, à l’apprentissage progressif. Parce que c’est comme ça que l’on s’approprie vraiment une aventure : quand elle devient la sienne, pas celle qu’on nous a racontée.

Ce voyage n’était pas seulement une première sortie off-road pour elle. C’était un point de départ. Celui où l’on comprend que le terrain ne se domine pas, il se lit. Que le véhicule n’est pas un outil de performance, mais un partenaire. Et que la confiance ne se décrète pas : elle se construit, piste après piste.

C’est exactement ça que je cherche. Créer des situations simples, vraies, où chacun peut trouver son rythme, sa manière d’avancer. Sans pression. Sans posture. Juste l’envie d’aller plus loin, autrement. Et parfois, tout commence par une conversation autour d’un verre.

On est ensuite entrés dans le concret. L’organisation. Celle qui transforme une idée en départ réel.
De mon côté, je me suis chargé du tracé : relier les étapes, repérer des pistes praticables, anticiper les zones plus roulantes et celles qui demanderaient un peu plus d’attention. Rien de figé, jamais. Juste une ligne directrice, suffisamment souple pour laisser de la place à l’imprévu. L’expérience sert surtout à ça : savoir où aller… et accepter de s’en écarter.

Pour le véhicule, pas de transformation, pas d’artifice. Le Freelander est resté strictement dans sa configuration d’origine. Et c’était volontaire. Avant de vouloir ajouter, il faut d’abord comprendre. Comme avant chaque long trajet, on a simplement fait les bases : niveaux vérifiés, pression des pneus contrôlée. Le minimum, mais le nécessaire. Faire confiance au matériel commence par le respecter.

Côté bivouac, on est restés sur quelque chose de simple et accessible. Une tente deux places, un matelas, une pompe — le tout trouvé chez Decathlon. Pas de recherche de confort superflu, juste de quoi bien dormir et repartir lucide le lendemain. On a complété avec l’essentiel : glacière, réchaud, eau, de quoi manger, quelques outils, des couverts, une trousse de secours. Rien d’exotique. Juste du fonctionnel.

C’est dans ces moments-là qu’on mesure l’intérêt d’un véhicule polyvalent. Charger sans se poser trop de questions, tout avoir à portée de main, sans compromis immédiat. Une fois le Freelander prêt, plein fait et habitacle rempli, il n’y avait plus vraiment de raison d’attendre.

Alors on a pris la route. Sans certitude absolue sur ce qui nous attendait, mais avec cette sensation familière : celle d’avoir préparé l’essentiel… et de laisser volontairement le reste au terrain.

Une météo capricieuse pour débuter le voyage ...

Le départ s’est fait tôt, depuis Clermont-Ferrand, avec une première étape prévue à Tarbes. Rapidement, la mauvaise météo s’est invitée au voyage. Pluie continue, visibilité réduite, conduite moins fluide. Rien de dramatique, mais suffisamment pour rappeler que parfois, il faut savoir lever le pied. Plutôt que d’insister inutilement, on a choisi l’option simple : une nuit à l’hôtel. Le temps de découvrir la ville, de marcher un peu dans le Parc Massey, et de partager un bon repas. Voyager, ce n’est pas toujours avancer. C’est aussi savoir s’arrêter.

Le lendemain, cap vers l’Espagne, direction le Val d’Aran, en passant par La Mongie. On espérait apercevoir le Pic du Midi, mais les nuages étaient décidément bien accrochés. Dans ces conditions, les routes de montagne perdent un peu de leur magie. Elles deviennent fonctionnelles, presque anonymes. Seuls les cyclistes, fidèles au poste, semblaient ne pas s’en soucier.

Arrivés à Vielha, le constat était le même : le ciel ne se dégageait pas. Plutôt que de forcer le début du off-road, on a fait le choix d’une nouvelle nuit en dur. Un peu de repos, quelques tapas, et surtout le temps de laisser monter l’impatience. Les choses sérieuses approchaient.

Le lendemain, enfin, le décor a changé. Le beau temps était de retour, et avec lui cette énergie particulière des premières pistes. Direction le nord, vers la Mine de Liat, tout près de la frontière franco-espagnole. À près de 2 300 mètres d’altitude, c’est la plus haute mine abandonnée d’Europe.

Exploitée principalement à la fin du XIXᵉ siècle, autour des années 1880, elle a été délaissée faute de rentabilité. Aujourd’hui, la montagne a repris la main. Les vestiges industriels émergent ici et là, comme figés dans le temps : câbles suspendus, pylônes rouillés, rails perdus dans l’herbe, roues de wagonnets… et même une carcasse de véhicule abandonnée là, hors de tout contexte.

Un lieu à part. Brut, silencieux, presque irréel. Exactement le genre d’endroit qui rappelle pourquoi on quitte l’asphalte.

Une carcasse de Land Rover abandonnée au pied de la mine de Liat.

La piste s’est rapidement transformée. Plus pierreuse, plus irrégulière. On avançait à rythme lent, concentré, en croisant quelques bovins en totale liberté. Pas franchement pressés de nous céder le passage. Dans ces moments-là, il faut composer. Anticiper, contourner quand c’est possible, attendre parfois. Et apprécier aussi le fait de ne croiser aucun autre véhicule : moins de pression, plus de calme pour comprendre ce qu’il se passe sous les roues.

Pour ce premier vrai test, les choses se sont compliquées sur la fin. Le 4×4 patinait sur les pierres, l’adhérence devenait aléatoire, et malgré plusieurs tentatives, impossible de franchir une portion de la piste. Rien de brutal, rien de dangereux, mais un blocage net. Jusqu’ici, la conduite était plutôt maîtrisée, et le comportement du Land Rover Freelander 2 nous avait même agréablement surpris. Mais cette fois, il a fallu accepter l’évidence : le trajet s’arrêtait là, du moins en voiture.

Avec un peu de recul, c’était sans doute un mélange de manque d’expérience et de méconnaissance du véhicule dans cet environnement précis. D’autant plus surprenant de constater que certains véhicules moins adaptés, comme des BMW X3, avaient réussi à passer et à se garer au pied de la dernière section. Cette ultime portion, que nous avons rejointe à pied, aurait pourtant dû rester réservée à des 4×4 équipés et à des conducteurs expérimentés. Aujourd’hui, la question ne se pose plus : une barrière interdit désormais tout accès aux véhicules motorisés.

La redescente s’est faite avec un peu plus de confiance. L’occasion parfaite pour tester certaines aides à la conduite et mieux comprendre leur fonctionnement, sans enjeu particulier. Observer, ressentir, enregistrer. C’est souvent dans ces phases-là que l’on apprend le plus.

En fin de journée, on a rejoint notre tout premier spot de bivouac. Un coin calme, niché dans les bois, à proximité du Parc Naturel de Marimanha.
Le moteur coupé, le silence revenu, on savait déjà que cette journée, malgré ses limites, venait de poser des bases solides.

Le lendemain, on remet ça sur la piste, histoire de retrouver un peu de cette nature sauvage. On traverse une bonne partie du Parc Natural de l’Alt Pirineu, jusqu’à poser les roues au Refugi del Fornet. Après ça, on file un coup sur la route, juste le temps de dénicher le départ d’une piste qui nous mènera droit vers un village abandonné, Finestras. C’est un coin entre l’Aragon et la Catalogne, et croyez-moi, la vue y est vraiment magnifique : face à nous, la Muralla de Finestras, une muraille rocheuse étonnante, comme sortie de nulle part. Depuis l’Ermitage de San Marcos, on voit ces deux falaises parallèles qui dominent le paysage, impressionnant.

Au pied de cette « muraille de Chine », il y a un lac, qui cette année affiche un niveau plutôt bas… Normal, ce lac, il est là grâce au barrage hydroélectrique de Canelles. Quand ils l’ont construit dans les années 60, ça a noyé pas mal de terres cultivées et surtout, ça a forcé les habitants du village à partir. Maintenant, l’endroit est calme, préservé, on croise peu de monde, c’est presque comme un secret bien gardé.

La piste pour y accéder ? Pas toujours simple, mais franchement, même une petite Twingo peut y arriver, alors pas de panique. C’est sableux, sec, avec quelques creux et bosses qui secouent un peu, et gare à toi si tu croises un autre véhicule, ça peut devenir sportif. Le trajet est long mais intéressant, surtout avec quelques jolis points de vue, comme le Puente de Penavera… si seulement il y avait un peu plus d’eau, ce serait parfait.

Arrivés là-bas, on se gare facilement sur le parking tout proche du village abandonné. C’est ici qu’on a planté notre second bivouac, dans une ambiance bien différente du premier, autant pour le cadre que pour la température, mais c’était exactement ce qu’il fallait.

Le véhicule

Freelander2 Si4 HSE BVA

Véhicule essence équipé d’un moteur essence FORD 2.0 240 chevaux
Mis en circulation en 2014
Boîte automatique (pas génial pour le off-road mais on fait avec)
Quelques options parfois utiles : assistance à la descente, boîte courte ou manuelle
Le compteur affichait 68000 kilomètres au début voyage et un peu plus de 70000 à la fin
Pneus Michelin Latitude Cross (moyens sur route et sur moyens sur pistes, mais c’est un bon compromis)

Au réveil, cap sur le désert du Monegros, dans la province de Huesca. Son climat semi-désertique rappelle un peu celui du désert des Bardenas, plus célèbre, mais ici, on sent que la nature a son propre caractère. On quitte la route pour s’aventurer sur la piste, et petit à petit, le paysage devient de plus en plus désertique. Puis, surgissent ces formations rocheuses uniques, les Tozales, qui donnent tout le charme de cet endroit. On raconte que ce désert s’est formé à cause d’une déforestation liée aux activités humaines, combinée aux conditions climatiques, surtout les vents forts — et on peut vous dire, on les a bien ressentis ! Ce lieu atypique accueille d’ailleurs un festival de musique électronique chaque mois de juillet, ce qui tranche avec son calme habituel.

La piste, elle, est plutôt facile à parcourir, avec une bonne visibilité tout du long, et quelques panoramas à couper le souffle. Au loin, on a repéré quelques rapaces, la seule faune sauvage croisée — à part les nombreuses porcheries qui, malheureusement, viennent un peu ternir la beauté brute du paysage… Mieux vaut rester vigilant, parce que certaines portions de la piste ont été creusées par les pluies, il faut donc y aller doucement et en gardant un œil sur le terrain.

Après avoir bien profité des vues, on choisit un coin tranquille pour planter la tente, puis on repart vers le village le plus proche pour faire le plein de vivres. Le soir, on installe notre troisième bivouac d’affilée au pied du Tozal Solitario, avec un vent qui ne nous lâche pas et complique un peu les choses. Mais le spectacle en vaut la peine : un coucher de soleil splendide derrière les rochers vient clore cette journée sur une note parfaite.

La suite du voyage nous a conduits jusqu’à Andorre, mais franchement, étape sans grand intérêt. Trop cher, trop de monde, un hôtel sans charme, rien qui donne envie de traîner. Le seul vrai bonus, c’était enfin une bonne douche après trois jours à bivouaquer et se nettoyer à la lingette — un luxe qu’on n’avait plus goûté depuis un moment !

Alors clairement, j’attends avec impatience de retrouver la nature, le dernier bivouac avant la fin des vacances. L’isolement, le calme, pouvoir lever la tête et admirer le paysage, ça me manque déjà. Vivement qu’on remette les roues dans la terre et qu’on quitte ce brouhaha !

Les Pyrénées mixent parfaitement l'harmonie entre nature et aventures.

De retour du côté français pour ce dernier bivouac, on s’est dirigés vers la réserve naturelle de Nohèdes, attirés par ses lacs. On a choisi d’emprunter une piste à travers la forêt pour rejoindre l’Estany del Clot. Cette piste, qui grimpe jusqu’à 1670 mètres d’altitude, s’est révélée d’une facilité déconcertante, sans aucune difficulté à la conduite. Franchement, rien à signaler pendant le trajet, on a atteint le parking sans souci. Sur place, plusieurs véhicules étaient déjà garés, preuve que l’accès est assez simple et accessible à tous.

Par contre, impossible de planter la tente près de l’étang : comme souvent dans une réserve naturelle, une barrière interdit l’accès aux véhicules motorisés. On a donc passé la fin d’après-midi près du point d’eau, après une petite marche à pied, avant de retourner au parking pour installer notre bivouac en forêt. Cette dernière soirée en plein air fut très agréable, avec une ambiance et des températures qui m’ont rappelé la première nuit de notre voyage. Pour moi, c’était aussi la première fois que je bivouaquais à une altitude aussi élevée, une petite nouveauté qui a ajouté à l’expérience.

La côte Française réserve bien des surprises !

Le lendemain matin, réveil tranquille. Les autres voitures sont toujours là, on n’est pas les seuls à avoir choisi ce coin un peu isolé pour passer la nuit.

Pour cette dernière journée avant de replonger dans la routine, on remonte vers l’Est pour aller voir les orgues d’Ille-sur-Têt, un paysage vraiment impressionnant. Ensuite, direction Argelès-sur-Mer pour un après-midi plage bien mérité, suivi d’une nuit à l’hôtel avec une vue sur la mer. Un petit luxe avant la fin.

Le retour le lendemain, on le prend sans grande motivation, sur l’autoroute, la route nous paraît bien monotone après tout ce qu’on a vécu. Mais aucun regret, loin de là. On garde en tête d’excellents souvenirs de cette vraie petite aventure.

La prochaine destination.

En conclusion, cette première expérience off-road a vraiment été riche et intéressante. Ça m’a permis de découvrir des coins hors des sentiers battus, de profiter du calme, et de changer complètement d’ambiance. On est passés de la forêt au désert, en en prenant plein les yeux tout en restant à l’écart du bruit et de la foule, et ça, ça n’a pas de prix.

Je me vois déjà repartir l’année prochaine ! Je me demande si ça vaudrait pas le coup d’équiper un peu plus le Freelander pour mieux profiter des pistes et des bivouacs — tente de toit, pneus adaptés… Ou peut-être carrément penser à un autre véhicule plus taillé pour ce genre d’escapades.

Je songe aussi à faire un stage de conduite 4×4, histoire de m’améliorer dans la lecture du terrain et la façon d’aborder les obstacles, parce que ça peut vraiment faire la différence.

En attendant, la tête est déjà pleine d’idées pour la prochaine destination. J’espère pouvoir partir plus loin, plus longtemps, et découvrir encore plein d’endroits incroyables. L’aventure, c’est loin d’être finie… À suivre

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